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Traversée du Lac Laberge en canoë

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Traversée du lac Laberge en canoë, dernière partie.

Au Yukon en cette période de l’année, les nuits sont courtes. Le soleil se couche réellement vers 23h45 et se lève approximativement vers 3h30 du matin. Autant dire que pour voir des aurores boréales, y a un coup à faire. Bonne chance! J’aurai aussi pensé qu’étant donné la clarté, il me serai difficile de dormir et craignais un réveil précoce, mais finalement tout va bien. Je me réveil aujourd’hui le plus naturellement qu’il soit vers 8h00, prêt pour la traversée du Lac Laberge en canoë.

Deuxième nuit et déjà une petite routine s’installe. Ce matin, je regarde encore une fois le vent, la météo, le ciel et tout autour de moi. Le sourire se dessine sur mon visage, la journée va être belle, la plage ne montre aucune vague, le ciel est dépourvu de nuage et le soleil brille. Comme hier matin, après ça je me consacre au rangement et reconditionnement de mon équipement. chaque sac a maintenant sa place dans le canot. Le bidon avec toute ma bouffe, mes deux gros sacs de camping et matériel photo/vidéo. Devant, une place libre, pour monter ma GoPro mais aussi une petite voile dont je parlerai plus tard. A chaque fois, je prévois de bien camoufler, abriter mes sacs avec une bâche en dessous et une bâche dessus. Jusqu’à présent, tout à bien résisté et j’espère bien que ça va continuer comme ça.

Traversée du Lac Laberge en canoë

S’en ai suivi mon petit déjeuner. Et devinez quoi? Du lait concentré, de l’eau et des céréales. Un bon feu crépitent, de la chaleur, tous les ingrédients nécessaire pour bien commencer une journée de canot. Il est certain que j’avais bien en tête les 25 km restant pour terminer la traversée du Lac Laberge. Sans le vent, je peux espérer être de l’autre coté en début d’après midi probablement. En tout cas mon objectif est fixé, je ne garde que ça en tête.

Après avoir le ventre bien rempli, mon canot prêt à partir, il me restait un dernier rituel à faire. Donner des nouvelles à tous mes auditeurs, mes lecteurs, famille et amis du Québec mais aussi de France et partout dans le monde je l’espère. Pour ce faire, j’ai rendez vous avec Keven de la radio 103.1 Radio Mauricie. GlobalStar m’ayant fourni un téléphone satellite pour l’aventure, c’est via ce moyen technologique que je vais appeler tous les jours Keven pour lui donner l’ambiance, le ton, mes sentiments, ou tout au moins essayer de faire partager mes émotions à plus de 6000km du Québec.

Un appel qui ne dure que 2 à 3 minutes pour condenser, donner un maximum d’information sur ma journée faite la veille.

Traversée du Lac Laberge en canoë

Une fois que tout ceci est fait et qui me prend du levé du lit jusqu’à monter dans le canot entre 1h30 et 1h45, je peux enfin prendre la route… enfin, l’eau!

Ayant en tête la fin du lac pour le plus vite possible, je me fixe de petites étapes visuelles pour m’encourager. Un certain Frédérique Dion, aventurier conférencier du Québec, disait, si vous avez un gros challenge à réaliser et si il vous parait insurmontable, fractionnez le en petits morceaux, ainsi vous gagnerez chaque fois une petite bataille sur votre objectif final. Et c’est bon pour le moral, je vous le garanti. Chaque pointe de rocher ou virage était donc propice à me donner chaque fois une nouvelle étape jusqu’au moment où, au loin, je vois enfin la fin du lac.

A ce moment là, on a l’impression que toutes les peines que j’avais connu hier et le jour d’avant avaient complètement disparues. Mes yeux étaient grands ouverts et je scrutais le moindre changement de vitesse de courant. Scott m’avait dit, tu verras, le lac, ça avance pas vite mais après, tu vas aller deux fois plus vite. J’avais hâte de voir si ses dires étaient véridiques.

Traversée du Lac Laberge en canoë

Il arrive des moments aussi joyeux soient-ils, qu’ils vous font oublier le danger, qui vous font oublier les obstacles. Mais le Lac Laberge qui, malgré sa beauté de paysages, son eau verte transparente, vous donnera du fils a retordre jusqu’au bout. J’ai commencé la traversée du Lac Laberge en canoë avec des hauts fond qui n’étaient pas mentionnés sur aucune carte. Surprise, je vais finir par faire des zig zag entre des hauts fond, encore, qui ne sont pas mentionnés. Seuls les oiseaux sur la surface de l’eau montrent que le niveau de l’eau n’est guère haut et qu’il faut donc être vigilant au moindre mouvement suspect à la surface. Pas question de resté pris. On peut très bien avoir pied l’espace d un moment et 1 mètre plus loin tomber dans les profondeurs. A 3 ou 4 degrés de température d’eau, l’hypothermie ne serait pas loin.

Passé ces quelques désagréments qui finalement ont “cassé” la routine et fait de cette fin de Lac quelque chose de plus mouvementé, je m’arrête sur la rive de droite à Lower Laberge, un endroit spécial pour manger un peu!

Lower Laberge

Traversée du Lac Laberge en canoë

Lower Laberge était un campement saisonnier pour les indiens Tutchone.
C’est là qu’en 1899 la police montée du Nord-Ouest (NWMP) s’était installée de façon permanente. Au début du XXème siècle, Lower Laberge était non seulement un point d’arrêt pour les bateaux à aube mais également un point de passage sur la route hivernale Whitehorse-Dawson, c’est pourquoi un poste de télégraphe y fut implanté. 
Le ravitaillement des communautés sur le Yukon était réalisé de manière différente en fonction de la saison. En été, le fleuve permettait l’acheminement des marchandises par bateaux. En hiver, l’acheminement avait lieu uniquement à cheval, ne permettant que la livraison du stricte nécessaire. Au printemps, l’acheminement était mixte en raison du plus long dégel du lac par rapport au fleuve. Lower Laberge était donc un lieu stratégique pour le ravitaillement.

Lower Laberge est situé sur le territoire que les canadiens nomment “Thirty iles” et fait parti du patrimoine national.

De nos jours, il ne reste à cet endroit que deux cabanes (celle de la police montée et celle des postes et télégraphes), une carcasse de camion et les restes de la  carcasse du CASCA.

Traversée du Lac Laberge en canoë

Traversée du Lac Laberge en canoë

Vers 14h00, je me décide après avoir fait une tonne de photos et des vidéos à revenir vers le canoë. Je regarde le courant et est stupéfait par la vitesse à laquelle il déboule. Scott avait raison! sourire aux lèvres, motivation au top, je prends un brin d’herbe et constate que le vent est en plus de tout ça, avec moi. il vient du sud ! Je saute dans mon bateau et parts cette fois ci sur les traces encore plus concrète des prospecteurs de la ruée vers l’or du Klondike.

Après le Lac Laberge, la rivière Yukon est large de 50 mètres tout au plus et y est très sinueux. Ici, c’est sur, la nature y est sauvage, pas un bruit autour de moi, le silence total, ou peut être parfois un oiseau, un castor vient briser ce silence. Mes yeux sont en effervescences, mes appareils photos juste devant moi, chargé tel un revolver prêt à faire feu au moins  mouvement suspect d’un animal qui viendrait se jeter sous mon regard de lynx.  Soudain, alors que j’entame un virage presque a 360 degrés, j’aperçois au détour, deux coyotes, peut-être deux louveteaux je ne sais pas. juste le temps de les prendre en photos et les voilà partis à remonter la crête et se cacher en arrière. Je regarde partout, mais où sont ils? De vrais loups, en liberté, juste à quelques mètres de moi. Waouh, qu’est ce que c’est beau de voir ça. Ma journée est faite. Je savais que ça allait être une merveilleuse journée.

Traversée du Lac Laberge en canoë

C’est ainsi que j’ai continué un petit bout pour les revoir une fois encore en haut d’une crête. Je me suis dit que finalement c’est eux qui me suivaient, curieux de voir un canot se perdre dans le labyrinthe du Yukon River.

Soucieux de rattraper mon retard des derniers jours et voyant de bons atouts avec moi comme le courant et le vent, je me suis tenté à essayer ma fameuse voile. Gonflée et attachée au canot, je monte ma vitesse a quelques 14, 15, 16 km/h… mais ce, juste le temps de le dire! La rivière étant bordée de reliefs, j’imagine que je vent s’engouffre dans tous les sens à la surface de la rivières et je ne peux finalement que me résigner après quelques essais laborieux à ranger la voile… je ne la ressortirait plus du voyage. Au loin et à plusieurs reprises, j’ai croisé le chemin de quelques aigles à tête blanche. Perchés sur leur branche, ne me craignant point, ils ont dû rigoler en me voyant avec ma voile en train de batailler. Quoi qu’il en soit, ma journée était parfaite, immortalisée par là encore quelques photos.

Traversée du Lac Laberge en canoë 

Depuis que le lac est loin derrière, le courant me mène à vive allure. Le fait aussi que la rivière ne soit pas très large, j’ai vraiment l’impression d’aller bien plus vite. Après un rapide coup d’œil sur mon GPS, il affiche 13, 14km/h. A cette vitesse là, dans 1h ou 2 je serai au confluent de la rivière Yukon et Teslin.

La rivière Teslin est un cours d’eau du Yukon et de la Colombie-Britannique au Canada. C’est un affluent du fleuve Yukon. Elle prend sa source au lac Teslin et fait 393 milles (632 km) de long. Pendant la Ruée vers l’or du Klondike, entre 1896 et 1899, la rivière était un itinéraire très utilisé pour se rendre sur les lieux des gisements, près de Dawson City, par les prospecteurs qui prenaient le Chilkoot Trail ou le Col White. Son nom provient de la langue Tutchone. Les premiers explorateurs avaient observé que les locaux prononçaient Teslin-tuh ou Teslin-too, d’où son nom en anglais.

 

Et en effet, très rapidement j’arrive à vu de la rivière Teslin. Au premier coup d’œil on voit très bien la différence de couleur des deux rivières qui se rejoignent. La rivière devient bien plus large et malgré moi, je lui trouve un coté bien moins charmant, moins conviviale. Laisse des eaux vertes transparentes pour une eau terreuse, marron, si j’avais un choix à faire ça serait facile. d’autant plus que l’eau que je bois depuis 3 jours est l’eau de la rivière et là, ça donne tout de suite moins envie. Heureusement j’utilise mon filtre à eau katadyn qui rempli très bien son rôle depuis le début pour ce qui est du traitement de l’eau. Mais là, il va falloir que je deal avec le gout aussi !

Le Teslin c’est aussi comme je le disais un courant soutenu. Je ne vais pas vous faire peur en disant “accrochez vous” quand les deux rivières se rencontrent mais tout de même, mieux vaut être proche des berges juste au cas ou. Il faut toujours se rappeler que les secours les plus proches sont ici très loin et là où on se trouve, c’est comme qui dirait pas très facile d’accès.

 

Une épave fantôme

Avec le temps, j’ai l’impression que de nouvelles iles se sont formées sur la rivière. Peut-être aussi dû au changement climatique, l’eau y est du coup moins haute et en plus des hauts fond, on retrouve ces nouvelles iles. N’étant pas mentionnées comme je le disais sur les cartes, je reste à l’affût de trouver l’île Shipyard où se trouve l’épave du bateau à vapeur Evelyn tout près de Hootalinqua. Un bateau tout de même imposant qui proposait 85 places en première classe. C’est sur ce n’est pas le Titanic mais quand même, je ne peux que m’étonner qu’il ait navigué dans les eaux mêmes profondes du Yukon. On sait que le bateau à aube a été abandonné après que sa machinerie eut été transférée sur un autre bateau mais, on a pas de date précise! Une belle petite aventure sur une île déserte à faire en pleine journée plutôt que la nuit tombée pour ceux qui sont superstitieux !

Traversée du Lac Laberge en canoë

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Épave du bateau à vapeur Evelyn – l’île Shipyard. Il fut acheté par une compagnie américaine en 1913, rebaptisé Norcom­­, puis abandonné sur l’île, vidé de sa machinerie.

 

En parlant de nuit, ici, il commence à se faire tard et bien qu’il fasse encore bien jour, la fatigue physique commence à se faire sentir. A 21h30, après avoir chercher l’endroit idéal pour accoster, je tombe finalement sur une berge étroite mais accueillante, attirée par une fumée de feu. Au loin je vois un canot, 2 personnes sur la berge. C’est ici que j’accoste, je me présente. Ce sont des anglais. L’aventure à l’autre bout du monde est encore une fois internationale et malgré la barrière de la langue, on arrive toujours à raconter ses aventures extraordinaire sur la rivière Yukon…

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Alors, avez vous vu les loups vous aussi sur la photo? N’hésitez pas à la partager et à laisser vos commentaires…

    JOUR 4

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