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Lac Laberge en canot

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Traversée du lac Laberge en canot, première partie.

Voilà 1 journée que je suis parti de Whitehorse. Cette nuit, j’ai dormi au village indiens Ta’an Kwäch’än. Aujourd’hui, je m’attaque au fameux Lac Laberge. Mais qui est-il vraiment? Le lac Laberge est un élargissement du fleuve Yukon, situé au 83e kilomètre du fleuve, au nord de Whitehorse au Yukon (Canada). Il fait 50 kilomètres (31 mi) de long et de 2 kilomètres (1 mi) à 5 kilomètres (3 mi) de large. Ses eaux sont toujours très froides et restent gelées bien plus longtemps que celles du Yukon. Il est célèbre pour ses tempêtes brutales et subites. En 1901, un petit bateau à aubes avait fait naufrage dans le lac Laberge lors d’une violente tempête. Trois membres d’équipage sur cinq avaient été tués dans l’accident. Ce n’est qu’en 2008 qu’une équipe de recherche avait pu localiser l’épave. Celle-ci demeurera dans les profondeurs du lac Laberge où l’eau glacée a contribué à le préserver durant plus de cent ans. Aujourd’hui, c’est à mon tour d’affronter le lac!

JOUR 2 – Le Lac Laberge ou peut-être un océan…

C’est à 8h30 que je me réveille. Dehors, la météo est plus clémente que la veille. Ma première préoccupation ? Le vent ! Malheureusement pour moi, il est toujours dans le mauvais sens, il vient du nord. Maintenant que le décor est planté, il est sûr que je ne vais pas partir le ventre vide. Et comme un bon feu fait toujours du bien au moral et au corps par sa chaleur, je me précipite là où hier soir j’avais déjà mis quelques bûches pour finir la soirée et ainsi le faire repartir de plus bel. C’est sur quelques braises biens rouges que, dans ma gamelle, mon eau et mes céréales feront de ce matin-là un bon petit déjeuner consistant.

Vers 9h30, tout mon équipement est rangé, sec, et conditionné dans le canot prêt à repartir. Après quelques dernières photos pour combler les articles que vous lisez présentement, me voilà de retour sur la plage du Lac Laberge, admirant ce paysage à la fois magnifique et décourageant car je sais que les prochaines heures de canot vont mettre à rude épreuve mes bras, mon corps et ma tête; les prévisions météorologiques ne prévoyant pas de s’améliorer au niveau du vent dans les heures voire, la journée à venir. Les vagues sont un peu moins grosses qu’hier, et aussi peut-être moins impressionnantes maintenant que je les ai déjà affrontées la veille mais le départ risque d’être mouvementé en voyant tout de même que l’eau tente à s’engouffrer dans le canot.

Tout est bien attaché dans l’embarcation, tout est à l’abri des gerbes d’eau qui pourraient venir me frapper de plein fouet et par la même occasion endommager mon équipement photos et vidéo. Déjà hier je n’avais que ça en tête « attention à ton matos, est-il bien attaché… caché… » et aujourd’hui c’est la même. De toute façon, je dois tenter ma chance, pas question de prendre une matinée de congé à attendre que le lac m’offre un destin plus amical. C’est ainsi que je me lance à travers les premières vagues…

A peine ai-je poussé du plus fort que je pouvais le canot et par le fait même, brisé quelques vaguelettes, je monte et m’assoie sur mon siège. Je donne deux, peut-être trois coups de pagaie quand le courant et les vagues me ramène sur le rivage. De l’eau a réussi à passer par-dessus me montrant en quelques secondes qu’entre lui et moi, entre le lac et moi, si on doit s’affronter aujourd’hui, je ne serai pas le grand gagnant.

Mais comme je m’en doutais un peu et que j’ai plus d’un tour dans mon sac, je prends finalement une seconde voie, un peu moins nautique, mais au moins plus sécuritaire le temps de quelques centaines de mètres. Je me suis placé sur la berge, les galets étant mouillés, j’ai tiré le canot pendant quand même un bon moment pour trouver un endroit pour repartir qui serait moins propice aux vagues…

Vers 10h30, ma deuxième tentative est plus fructueuse, et je peux enfin, après quelques bons coups de rame passer cette zone mouvementée pour rejoindre le milieu du lac et avancer plus sereinement.

Lac Laberge en canot

En milieu de journée, alors que le soleil est bien présent, il me fait un peu oublier l’effort que je donne pour avancer du mieux que je peux. Malheureusement, le GPS étant devant moi pour me donner mon cap et ma vitesse, je vois s’afficher des vitesses de 2.5, 3.5 km/h.

Dans ma tête, je fais vite fais les calculs, si je pagaie pendant 10h non-stop, à raison de 2.5 km/h, je fais avoir fait 25km ce soir. Hier encore, je me vois dire à Scott, le gérant de Kanoe People que dès le premier jour je serai à la fin du lac ! Mais là, avec tout ça, je ne serai, à la fin de la deuxième journée qu’au milieu du lac !

Bref, je n’ose même pas y songer, de toute façon, le principal c’est d’avancer, je n’ai pas trop le choix et ce, malgré les obstacles et la météo. Ne m’apitoyant pas plus que ça sur mon sors, je prends le temps d’observer les montagnes qui m’entoure, d’écouter le vent siffler sur l’eau, de profiter du temps que lui-même m’impose. Ici il n’y a pas d’horaire à respecter, de rendez-vous à avoir, juste prendre le temps de se ressourcer.

Mais alors que je regarde encore aujourd’hui (et depuis que je suis parti le matin) les possibles animaux qui pourraient être visible près de moi, je vois au loin une silhouette sur la berge avec ce qui ressemble à un canot peut être. Mais je suis trop loin pour savoir s’il est sur le rivage ou dans l’eau, trop loin pour savoir s’il a besoin d’aide ou pas et encore trop loin pour qu’il m’entende…Alors mon cerveau se met en mode « sauvetage » et je trouve la force de pagayer encore plus vite, du mieux que je peux pour arriver à bonne distance pour qu’il m’entende. Puis je l’appel, je lui fais de grands signe et lui demande si tout est correct pour lui. Je comprends que oui mais je continue ma trajectoire vers lui pour aller à sa rencontre. Après tout, depuis 24h je n’ai vu personne et c’est là une rencontre tout à fait insolite que de voir un homme ici en plein milieu d’un territoire sauvage. Arrivé à quelques dizaines de mètre de lui, du rivage, je vois un homme en combinaison, avec ce que je pensais être une embarcation, n’est en fait que 2 sacs étanches dans lesquels il doit y avoir certainement son matériel de camping et de survie.

Lac Laberge en canot

« hey oh » lui cris ai-je. Il me répond d’un grand signe de main. Il voit bien que je viens à sa rencontre et se prépare à attraper ma corde. Il me tire jusqu’à lui et nous pouvons enfin échanger deux grands sourires, deux visages contents de se trouver, de se rencontrer ici au milieu de rien. Nous sommes restés à parler quinze minutes, peut-être plus, je ne sais plus trop. Mais assez de temps pour qu’il me raconte qu’il se nomme Denis Morin, qu’il vient de Québec et qu’il est parti quelques jours auparavant de Whitehorse à la palme. Je lui raconte mon aventure, lui dis que je vais jusqu’à Dawson. Et là, il me dit « moi je vais jusqu’à la mer de Béring ».

Lac Laberge en canot

Waouh. Un si long trajet à la force des jambes uniquement et dans une eau encore froide et avec une telle météo. Je lui souhaite bien du courage et le félicite d’ores et déjà. Mais avant de partir, je lui pose l’éternelle question de savoir s’il a vu des ours ou des grizzlis. Et bien oui, il en a vu un la veille m’a t-il dit. En fait il a dormi pas très loin de moi dans un autre petit village. Il est lui aussi parti en exploration et s’est fait surprendre par un grizzli. Apparemment l’ours aurait eu peur et serait parti en voyant Denis. En tout cas c’est sur ces dernières paroles que nous nous sommes quittés en se souhaitant une excellente aventure. Une telle rencontre devait être mentionnée dans mon journal de bord. Deux québécois à l’autre bout du pays, dans une terre encore sauvage… qui l’eut cru !

Lac Laberge en canot

L’après-midi aura été calme. Il est vrai que la distance du lac étant tout de même assez impressionnante, il n’y a pas des virages à toutes les demies heure. En soirée, c’est plus un coin où dormir que j’ai cherché. Les cartes indiquent des falaises sur une bonne distance du côté droit du lac alors il n’est pas question de louper la moindre crique au risque de devoir pagayer encore plusieurs heures durant.

C’est finalement vers 19h30, après une journée bien remplie, que je trouve une splendide crique. J’ai fait 22 km depuis ce matin. Qu’importe, je suis toujours en vie, j’ai fait une belle rencontre et l’endroit où je vais dormir ce soir c’est probablement l’endroit le plus beau où je n’ai jamais dormi alors je ne vais pas me plaindre !

Même s’il me reste la moitié du lac à faire, je compte bien profiter de chaque instant tel qu’il est. Après tout, c’est ça l’aventure…

Lac Laberge en canot

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      JOUR 3

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